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Déodorant naturel : ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas, et ce qu’il faut savoir avant de changer

Un déodorant masque ou limite les odeurs. Un antitranspirant réduit la transpiration grâce aux sels d’aluminium, que le comité scientifique de l’UE juge sûrs dans des limites fixées. Un déodorant « naturel » ne vous gardera pas au sec, et le bicarbonate de soude qu’il contient souvent peut irriter la peau.

Par Savvas Nicolaides · · 7 min de lecture

Une cuillère de poudre blanche sur du bois sombre
Photo : Alexander Grey / Unsplash

Un déodorant limite ou masque l’odeur de la transpiration. Un antitranspirant réduit la transpiration elle-même, généralement grâce à des sels d’aluminium. La plupart des déodorants « naturels » ne contiennent pas d’aluminium : ils ne vous garderont donc pas au sec et agissent seulement sur l’odeur. Si vous envisagez de changer par crainte du cancer, sachez que les grandes organisations de lutte contre le cancer ne trouvent pas de lien. Si vous changez pour d’autres raisons, faites attention au bicarbonate de soude et au parfum, qui peuvent irriter la peau.

Quelle est la différence entre un déodorant et un antitranspirant ?

La transpiration ne sent pas par elle-même. Selon DermNet, l’odeur apparaît lorsque les bactéries qui vivent normalement sur la peau dégradent la sueur, le sébum et la kératine. Les aisselles possèdent aussi des glandes apocrines qui, après la puberté, produisent une sueur plus épaisse : c’est la principale source des odeurs corporelles fortes.

  • Déodorant : n’arrête pas la transpiration. Il masque l’odeur ou empêche les bactéries de la produire.
  • Antitranspirant : les sels d’aluminium (comme le chlorhydrate d’aluminium) obstruent temporairement les canaux sudoripares, si bien que moins de sueur atteint la peau. Beaucoup d’antitranspirants agissent aussi comme déodorants.

Sur l’étiquette, cherchez dans la liste des ingrédients les mots commençant par « aluminium » ou « alum ». Les pierres d’alun, par exemple, sont généralement de l’alun de potassium (potassium alum), qui est lui aussi un sel d’aluminium, même lorsqu’elles sont vendues comme « naturelles ».

Les sels d’aluminium sont-ils sûrs ?

Le comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC) de l’UE a réexaminé la question à partir de nouvelles données issues d’une étude chez l’humain et a conclu en 2020 que les composés d’aluminium sont sûrs jusqu’à des concentrations en aluminium de 6,25 % dans les déodorants et antitranspirants non pulvérisés, et de 10,60 % dans les sprays. Le comité a aussi noté que l’usage quotidien de cosmétiques n’augmente pas de manière significative la quantité d’aluminium que l’organisme reçoit d’autres sources, principalement l’alimentation.

Concernant le cancer du sein :

  • Cancer Research UK indique que les déodorants et antitranspirants n’augmentent pas le risque de cancer et que les meilleures études ne montrent aucun lien avec l’aluminium.
  • L’American Cancer Society cite une étude dans laquelle seulement 0,012 % de l’aluminium d’un antitranspirant était absorbé par la peau. Elle note aussi qu’aucune grande organisation (CIRC, NTP, FDA) n’a trouvé de preuve concluante d’un lien avec le cancer.

Si un antitranspirant vous convient, il n’y a donc pas de raison d’y renoncer pour ce motif. Si votre dermatologue vous a conseillé d’éviter l’aluminium, comme DermNet le recommande en cas d’hidradénite suppurée (maladie de Verneuil), suivez son avis.

Ce qu’un déodorant « naturel » peut faire, et ce qu’il ne peut pas faire

Il peut limiter les odeurs : avec des ingrédients qui bloquent les bactéries ou leurs enzymes (comme le citrate de triéthyle), avec des sels de zinc, avec des amidons qui absorbent l’humidité en surface, ou tout simplement avec du parfum.

Il ne peut pas vous garder au sec comme le fait un antitranspirant. Sans sels d’aluminium, vous transpirerez normalement.

Et « naturel » ne veut pas dire « sans allergie ». La littérature médicale rapporte des cas de dermatite allergique de contact dus à des déodorants naturels : quatre personnes allergiques à un extrait de lichen (J Am Acad Dermatol, 2006) et une personne allergique au ricinoléate de zinc (Contact Dermatitis, 2024). Les huiles essentielles et le parfum peuvent aussi provoquer des allergies.

Les formules varient beaucoup. Certains sprays ne contiennent ni sels d’aluminium, ni parfum, ni alcool, et agissent sur l’odeur grâce au citrate de triéthyle : c’est une piste pour les peaux sensibles. Les baumes à appliquer du bout des doigts contiennent souvent du bicarbonate de soude, des amidons (riz, maïs), du beurre de karité, du parfum et des huiles essentielles : ils aident contre l’odeur et l’humidité en surface, pas contre la transpiration.

Pourquoi le bicarbonate de soude gêne-t-il certaines personnes ?

Le bicarbonate de soude (bicarbonate de sodium) est alcalin : sa solution a un pH d’environ 8,3. La surface de la peau est acide, avec un pH moyen inférieur à 5 selon une étude portant sur 330 personnes. Sous les bras, où la peau est fine et soumise aux frottements, cet écart peut gêner certaines personnes. Si vous avez des rougeurs, des brûlures ou des démangeaisons après avoir changé :

  • arrêtez le produit et laissez la peau se calmer,
  • essayez une formule sans bicarbonate de sodium et sans parfum,
  • ne l’appliquez pas juste après le rasage, et toujours sur une peau propre et sèche.

Existe-t-il une « période de détox » quand on change ?

On lit souvent que les aisselles ont besoin de plusieurs semaines pour se « détoxifier ». Nous n’avons trouvé aucune recherche qui le confirme. L’American Cancer Society explique que les glandes sudoripares servent surtout à refroidir le corps, et non à éliminer des toxines, lesquelles sont éliminées principalement par le foie et les reins.

En pratique, ce qui change est simple : si vous arrêtez un antitranspirant, vous transpirerez autant qu’avant de l’utiliser. Prenez le temps de trouver le produit et la routine qui vous conviennent et, en pleine chaleur estivale, gardez un t-shirt de rechange à portée de main.

Petite vérification en rayon

  • Voulez-vous moins transpirer, ou seulement moins sentir ? Contre la transpiration, il faut un antitranspirant.
  • Y a-t-il « aluminium » ou « alum » dans la liste ?
  • Contient-il du bicarbonate de sodium (sodium bicarbonate) ? Si votre peau est sensible, préférez une formule sans.
  • Contient-il du « parfum » ou des huiles essentielles ?
  • L’avez-vous d’abord essayé quelques jours sur une petite zone de peau ?

Quand consulter un médecin

Selon le NHS britannique, consultez votre médecin traitant si vous vous mettez soudainement à transpirer beaucoup plus que d’habitude, ou si l’odeur corporelle ne s’améliore pas malgré les soins habituels. Un pharmacien peut vous proposer des antitranspirants plus puissants, et il existe des traitements contre la transpiration excessive. Consultez aussi un dermatologue en cas d’éruption, de cloques ou de gonflement sous le bras qui ne disparaît pas à l’arrêt du produit.

FAQ

Puis-je utiliser un antitranspirant et un déodorant ensemble ?

Oui. DermNet conseille d’appliquer l’antitranspirant le soir sur une peau sèche, car on transpire moins pendant le sommeil : il agit mieux et irrite moins. Le matin, vous pouvez utiliser un déodorant. Vous n’êtes pas obligé(e) de choisir l’un ou l’autre.

Les pierres d’alun sont-elles « sans aluminium » ?

Généralement non. La plupart sont de l’alun (alun de potassium ou alun d’ammonium), qui est un sel d’aluminium. Vérifiez la liste des ingrédients.

Pourquoi me demande-t-on de ne pas mettre de déodorant le jour d’une mammographie ?

Selon l’American Cancer Society, beaucoup de ces produits contiennent de l’aluminium, qui peut apparaître sur la mammographie sous forme de minuscules points blancs et gêner la lecture. Cela ne veut pas dire que l’aluminium est dangereux, seulement qu’il peut affecter l’image.


Sources : SCCS, Opinion on the safety of aluminium in cosmetic products (SCCS/1613/19, version finale des 3 et 4 mars 2020) ; Cancer Research UK, Do cosmetics cause cancer? ; American Cancer Society, Antiperspirants and Breast Cancer Risk ; DermNet, Antiperspirant ; DermNet, Bromhidrosis ; NHS, Body odour ; Sheu M et al., Allergic contact dermatitis from a natural deodorant, J Am Acad Dermatol 2006 ; Samaran Q et al., Allergic contact dermatitis to zinc ricinoleate in a "natural" deodorant, Contact Dermatitis 2024 ; Lambers H et al., Natural skin surface pH is on average below 5, Int J Cosmet Sci 2006 ; PubChem, Sodium bicarbonate (pH).

Cet article est fourni à titre d’information et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Sources fiablesEFSA, OMS et droit de l’UE
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