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Comment lire l’étiquette d’un produit cosmétique

La liste des ingrédients (INCI) suit l’ordre des quantités, « parfum » signale un parfum, et le pot ouvert avec « 12M » indique combien de mois utiliser le produit après ouverture. « Naturel » n’est pas une certification, tandis que « hypoallergénique » et « sans… » obéissent à des règles dans l’UE.

Par Savvas Nicolaides · · 8 min de lecture

Un pot ouvert de crème blanche posé sur un rocher, sur fond sombre
Photo : Eveling Salazar / Unsplash

Le dos d’un cosmétique en dit bien plus que la face avant. La liste des ingrédients (INCI) suit l’ordre des quantités, le mot « parfum » signifie que le produit contient un parfum, et le symbole du pot ouvert accompagné d’un chiffre (par exemple « 12M ») vous indique de combien de mois vous disposez pour l’utiliser une fois ouvert. Des mots comme « naturel » ou « clean » ne sont pas une certification. Les mentions « hypoallergénique », « testé sous contrôle dermatologique » et « sans… » obéissent à des règles précises dans l’UE, mais aucune ne garantit que vous ne réagirez pas.

Que doit indiquer l’emballage selon la loi ?

Le règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques (article 19) fixe ce que tout produit vendu dans l’UE doit porter, en caractères indélébiles, facilement lisibles :

  • Le nom et l’adresse de la personne responsable, c’est-à-dire l’entreprise qui répond du produit. Pour les produits importés, également le pays d’origine.
  • Le contenu nominal en ml ou en g.
  • La date de durabilité minimale ou la durée d’utilisation après ouverture (voir plus bas).
  • Les précautions d’emploi, si nécessaire.
  • Le numéro de lot, pour pouvoir retracer le produit en cas de problème.
  • La fonction du produit, sauf si elle est évidente.
  • La liste des ingrédients, précédée du mot « ingredients ». Ce terme anglais est le même dans toutes les langues de l’UE.

Comment lire la liste des ingrédients (INCI) ?

Les ingrédients portent leur nom INCI (nomenclature internationale des ingrédients de produits cosmétiques), généralement en anglais ou en latin. Trois règles du règlement aident à la lire :

1. L’ordre indique la quantité. Les ingrédients sont classés par ordre décroissant de poids au moment de leur incorporation. Ceux présents à moins de 1 % peuvent être mentionnés dans le désordre après les autres. Dans la plupart des crèmes, le premier ingrédient est l’eau (aqua). Si une marque affirme que sa crème est à base de lait plutôt que d’eau, le lait doit apparaître en premier. Et si un « extrait » mis en avant sur la face avant n’apparaît qu’en fin de liste, il n’y en a probablement pas beaucoup.

2. « Parfum » ou « aroma » signifie un parfum. Tout mélange de substances parfumantes est indiqué par ce seul mot. Certaines substances parfumantes qui provoquent souvent des allergies, comme le linalool, le limonene, le geraniol, le citronellol et la coumarin, doivent en outre être nommées au-delà d’un certain seuil. C’est pourquoi on les voit souvent en fin de liste. Vous trouverez plus de détails dans notre article sur la crème hydratante pour peau sensible.

3. Colorants et nanomatériaux. Les colorants sont indiqués par leur numéro CI (par exemple CI 77891) et peuvent figurer à la fin, dans n’importe quel ordre. Un ingrédient présent sous forme de nanomatériau doit être suivi du mot [nano].

Que signifie le symbole du pot ouvert ?

Le règlement prévoit deux cas :

  • Si le produit se conserve 30 mois ou moins, il doit indiquer une date de durabilité minimale : mois et année, précédés de la mention « à utiliser de préférence avant fin » ou d’un symbole de sablier.
  • S’il se conserve plus de 30 mois, la date n’est pas obligatoire. Le produit indique alors la durée d’utilisation après ouverture (PAO) : un pot ouvert avec un chiffre et « M » pour mois, par exemple 6M, 12M ou 24M. C’est la durée pendant laquelle le produit peut être utilisé sans risque après la première ouverture.

Une astuce simple : notez au marqueur, sur la boîte ou le couvercle, le mois où vous avez ouvert le produit. Le numéro de lot (en général « LOT » ou « Batch ») n’est pas une date, mais c’est ce que l’entreprise vous demandera si vous faites une réclamation.

« Naturel », « bio » et certifications

Le règlement sur les produits cosmétiques ne définit pas le mot « naturel ». Employé seul, ce mot, comme « clean » ou « green », relève du marketing. Pour une garantie plus solide, cherchez un label de certification : il signifie qu’un organisme indépendant a vérifié le produit selon un référentiel :

  • COSMOS : un référentiel international géré par une association à but non lucratif basée à Bruxelles. Ses fondateurs sont BDIH, Cosmebio, Ecocert, ICEA et la Soil Association. Il comporte deux mentions : COSMOS ORGANIC (respecte les pourcentages minimaux d’ingrédients bio fixés par le référentiel) et COSMOS NATURAL (respecte le référentiel, mais pas les pourcentages bio). La mention figure sous le logo de l’organisme qui a certifié le produit, et l’emballage indique aussi le pourcentage d’ingrédients bio.
  • Ecocert : un organisme certificateur. Sur de nombreux produits, vous verrez son logo accompagné d’une mention COSMOS.
  • NATRUE : le label d’une association internationale de cosmétiques naturels et bio, avec des certificateurs indépendants.

Un seul ingrédient bio (souvent signalé par un astérisque dans la liste) ne rend pas le produit entier bio.

À quoi ressemble une étiquette claire ? La liste complète est facile à trouver, les ingrédients bio portent un astérisque, la conformité au référentiel COSMOS est mentionnée, et après « Parfum » les allergènes comme le citronellol, le geraniol, le limonene et le linalool sont indiqués séparément. Autre point à vérifier : si une crème met en avant le lait de chèvre, celui-ci doit apparaître en tête de liste, avant l’eau.

« Testé sous contrôle dermatologique », « hypoallergénique », « sans… » : quelles sont les règles ?

Dans l’UE, toute allégation figurant sur un cosmétique doit respecter six critères communs fixés par le règlement (UE) n° 655/2013 de la Commission : conformité avec la législation, véracité, éléments probants, sincérité, équité et choix en connaissance de cause. Un document technique adopté par la Commission et les États membres explique comment les appliquer. Il n’a pas force de loi, mais les autorités s’en servent comme guide, et ses parties sur « sans… » et « hypoallergénique » s’appliquent depuis le 1er juillet 2019.

« Testé sous contrôle dermatologique ». Cela signifie que le produit a été testé sur des personnes sous la supervision d’un dermatologue. Une simple enquête où les utilisateurs donnent leur avis ne suffit pas. La Cour de justice de l’UE a estimé que les consommateurs s’attendent à ce que les résultats aient été favorables. La mention ne dit pas combien de personnes ont participé ni pendant combien de temps.

« Hypoallergénique ». Cette mention n’est autorisée que si le produit a été conçu pour réduire au minimum son potentiel allergisant et ne contient aucun allergène connu. Le même document souligne que « hypoallergénique » ne garantit pas l’absence de réaction.

« Sans… ». Quelques exemples tirés du document :

  • Un produit ne doit pas se dire « sans » une substance qui est de toute façon interdite dans les cosmétiques.
  • « Sans conservateur » ne doit pas être utilisé si un autre ingrédient joue le même rôle, comme l’alcool.
  • « Sans parfum » ne doit pas être utilisé si un ingrédient donne une odeur au produit, même s’il a aussi une autre fonction.
  • « Sans parabènes » est considéré comme dénigrant des substances autorisées et sûres, et ne devrait pas être accepté.
  • « Sans allergènes » n’est pas autorisé, car personne ne peut le garantir.

Vous verrez encore certaines de ces formules en rayon. La liste des ingrédients reste la source la plus fiable.

Petite vérification en rayon

  • Quel est le premier ingrédient ? Est-ce celui auquel vous vous attendiez ?
  • Y a-t-il un « parfum » ou une huile essentielle, et quels allergènes sont listés ensuite ?
  • Y a-t-il un label de certification (COSMOS, NATRUE), ou seulement le mot « naturel » ?
  • Quel chiffre figure sur le pot ouvert (PAO) ? Avez-vous noté la date d’ouverture ?
  • S’il est écrit « hypoallergénique », avez-vous d’abord fait un essai sur une petite zone de peau ?

Quand demander conseil à un pharmacien ou à un dermatologue

Si un produit a provoqué rougeurs, démangeaisons, gonflement ou éruption, arrêtez de l’utiliser et gardez l’emballage : la liste des ingrédients et le numéro de lot aideront votre médecin. Si vous réagissez souvent aux cosmétiques, un dermatologue peut réaliser un test épicutané (patch test) pour identifier la substance à laquelle vous êtes allergique, et vous saurez ainsi quel nom chercher sur les étiquettes.

FAQ

La liste complète n’est souvent que sur la boîte. Et si je l’ai jetée ?

Le règlement autorise la liste à figurer uniquement sur l’emballage extérieur. Gardez la boîte tant que vous utilisez le produit, ou prenez la liste en photo.

Un produit est-il sûr après sa date ou sa durée d’utilisation après ouverture ?

Le règlement définit la date comme la période pendant laquelle le produit remplit sa fonction et reste sûr. Au-delà, il n’y a plus de garantie. Si l’odeur, la couleur ou la texture a changé, jetez-le.

« Sans produits chimiques » veut-il dire quelque chose ?

Non. Tout ingrédient, eau comprise, est une substance chimique. C’est une formule marketing sans signification pratique.


Sources : règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques (articles 19 et 20, annexe VII) ; règlement (UE) n° 655/2013 de la Commission (critères communs pour les allégations) ; Technical document on cosmetic claims (version du 3 juillet 2017, annexes I à IV) ; COSMOS-standard AISBL, COSMOS certification ; NATRUE.

Cet article est fourni à titre d’information et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Sources fiablesEFSA, OMS et droit de l’UE
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